Raoul Sabourdin

Othon Friesz, André Derain, Albert  Marquet, Henri  Manguin, Francis Gruber et quelques autres....Ces petits ou grands maîtres, je les avais oubliés... Selon l’époque, le sujet, le lieu, les œuvres de Raoul Sabourdin s’apparentent à un des maîtres cités. Heureusement pour nous, Sabourdin a su s’affranchir de leur tutelle; on le sent dans la composition de ses œuvres, dans son écriture si particulière, qui les rend uniques et singulières, bien qu’on  reconnaisse de façon subtile la patte de l’un ou l’autre de ces grands frères célèbres. Une densité dans les nus de femmes, dans les années 20 et 30, lourdes et charnelles, le regard vaporeux tourné  vers le peintre qui les regarde avec son âme.

 

Les paysages nets et architecturés dessinés sous un angle légèrement en hauteur avec des maisons posées dans le paysage comme des repères ou des cubes blancs. Les natures mortes et les bouquets de fleurs, les vues de Paris, toujours les nus féminins    au détour des années 40, avec l’apparition des premiers personnages (l’oiseleur, les ramasseurs de coquillages, le pêcheur, l’estropié, le malade..). A la fin de la deuxième guerre, comme de nombreux autres artistes, Raoul  Sabourdin        est tombé dans la dépression  à l’instar d’illustres aînés  tels Francis Gruber et Bernard Buffet.

Les thèmes misérabilistes prolifèrent avec des natures mortes indigentes, des bouquets de fleurs fanées et, pour Raoul Sabourdin, des estropiés, un moribond sur son lit, un pêcheur qui vend sa maigre pêche composée de quatre petits poissons, une femme clochard qui pousse une voiture d’enfant avec un masque en guise de bébé.

Univers pauvre, étrange, décalé, mais d’une rare poésie, la poésie de l’indigence, du maigrelet où il faut bien, malgré tout, continuer de vivre dans cette époque de pénurie qui reste tout de même vivante et colorée. Et puis, comme souvent, après la pluie le beau temps, le retour  des années heureuses avec la série des pêcheurs, souvent représentée avec deux ou plusieurs personnages. 

Hommes, femmes, enfants occupent une grande part de l’espace,  mis en valeur par une scénographie quasi théâtrale, avec de nombreux accessoires tels que filets, nasses, poissons, amphores…Ils font partie de la vie silencieuse de ces travailleurs dont certains sont croqués avec leur « tronche » de pêcheur mais révèlent une grande humanité  mêlée à une pointe d’humour.

 

Les femmes, quant à elles, sont représentées dans leur individualité; on devine qu’elles sont très ressemblantes à leur image,  elles sont belles et prêtes à soutenir leur homme au travail. Parfois, une figure féminine vêtue de noir, inquiétante, nous rappelle (à la manière des vanités du 17ème siècle), que nous sommes nous aussi des pêcheurs devant Dieu et que nous sommes mortels.

 

Ne vous fiez pas aux apparences, l’œuvre de Raoul Sabourdin n’est pas aussi anodine qu’il n’y parait à première vue !

En se penchant sur chaque tableau, vous pourrez constater la richesse de la composition, le contraste des couleurs dominées par les bleus, les rouges, les jaunes et le noir , vous sourirez devant les faciès des personnages ( surtout masculins),  vous sentirez la profonde humanité qui donne à ses compositions une impression de sérénité avec comme épices , le sel de la vie et le poivre de la souffrance quotidienne.

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