Georges-Henri Pescadère

Œuvres (photos):
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Biographie de Georges-Henri Pescadère

 

G-H Pescadère naît en pleine guerre le 7 mai 1915 au 5 rue Tolain à Paris dans le XXème arrondissement. Son père, d’origine pyrénéenne, est fonctionnaire de police. Sa mère est issue d’une famille d’agriculteurs de Monthyon en Seine-et-Marne. Elle a des goûts littéraires et artistiques. G-H a quelques souvenirs de cette période de guerre. La fin de la guerre et une promotion du père permettent à la famille de déménager pour le 31, boulevard de Charonne, à cinq cents mètres de là. Quel changement ! Du balcon du 5ème étage, son frère aîné Raymond et lui observent la vie du quartier et s’en délectent.. Une fois par mois, la famille se rend au cirque, parfois à l’Opéra Comique et régulièrement au Musée du Louvre.

 

G-H n’et pas seulement un citadin. Il passe ses vacances à Monthyon chez ses grands parents où il participe aux travaux des champs avec son oncle et ses cousins. La vie rurale simple et laborieuse l’enchante. Un jour, Roberta, une amie du village, l’entraîne dans l’atelier de son père et lui fait découvrir les sculptures en acier de Julio Gonzalez.

 

Certificat d’étude en poche, G-H Pescadère intègre avec difficulté l’Ecole Supérieure d’Arts Appliqués Germain Pilon à quatorze ans. Elève moyen jusqu’alors, il devient un sujet brillant. Durant quatre ans, il s’initie aux arts plastiques, à la décoration, à l’architecture et surtout à la publicité.

 

Son ami Lucien Fontanarosa l’incite à le rejoindre à l’Ecole Nationale des Beaux Arts où il est reçu en section peinture dans la classe de Lucien Simon. Il loue un petit atelier au 41 rue de Seine. Ce sont des années de solitude et de tristesse. Il trouve l’enseignement beaucoup trop théorique et académique. Il fréquente Yves Brayer, Georges Rohner et Claude Venard. Alexandre Trauner l’embauche parfois comme assistant décorateur de ses films. Il se forme également dans l’atelier du célèbre graphiste Adolphe Cassandre.

 

Un jour sa mère, Aline, passe le chercher rue de Seine et l’entraîne à une exposition de peintures qui défraie les chroniques artistiques. Le peintre est présent et les accueille : Pablo Picasso, en personne. G-H affirme avoir plus appris au cours de cette matinée qu’au cours de deux années de Beaux-Arts.

 

Lors du conseil de révision, lui le terrien, l’amoureux des longues marches avait souhaité être versé dans les chasseurs alpins. C’est à Brest qu’il est convoqué et bientôt affecté à bord du cuirassé Dunkerque pour deux années de voyages (Antilles et Dakar). Libéré deux ans plus tard, il reprend ses activités muséales avec l’ami Rivière. A nouveau affecté sur le « Dunkerque », il y fait la guerre jusqu’en juillet 1940.

 

Il faut maintenant survivre durant l’occupation. Il travaille à la librairie Rive-Gauche, rue de Rennes, qui sert de quartier général au réseau de résistance « Corvette ». Il en fait partie et loge même quelques membres à Neuilly. Il y fait connaissance d’Anne Wemaëre, sa future compagne.

 

Le 16 juillet 1944, la Gestapo envahit son immeuble et y capture les résistants. Commencent alors ce que Georges Henri Pescadère nomme pudiquement les « voyages aléatoires ». Les prisonniers sont conduit au 84 avenue Foch pour interrogatoire. C’est la prison de Fresnes et les camps de concentration de Dora, d’Ehlrich puis de Bergen-Belsen.

 

Le 1er mai 1945, Gare du Nord, curieusement il neige. Dans son pyjama rayé barré du matricule 77023, Georges-Henri avance lentement vers une autre vie et, d’une manière surprenante, sans haine aucune. Il est  l’unique survivant du réseau Corvette.

 

La vie reprend peu à peu son cours et la belle Anne Wermaëre devient Anne Pescadère en 1946. De cette union naissent deux garçons, Marc en 1947 et Roch en 1949. Il faut nourrir la famille. Il fonde la société anonyme « Alliance d’Arts Graphiques ». Il met à profit ses talents et bénéficie de l’essor des « trente glorieuses ».

 

Il  ressent le besoin de peindre, exutoire ou échappatoire, et les toiles commencent à s’entasser dans l’atelier. Pas d’exposition ni de vente : « je ne peins pas pour vivre, je vis pour peindre » répète-t-il. Il rencontre Max Ernst à la galerie Drouin. Il se lie avec Henri Michaux. Mais en peinture, c’est toujours Picasso qu’il admire le plus, sa révélation d’étudiant, son initiateur.

 

En 1951, Georges-Henri et Anne découvrent le village de Bormes-les-Mimosas et en deviennent amoureux au point d’acheter une maison dans la rue principale. Le second étage devient l’atelier d’été face à la mer et aux îles. Autre coup de cœur, Curel près de Sisteron, dans les Alpes de Haute Provence, où il acquiert en 1962 une maison nommée Savacane. Au début des années 70, si l’esprit est toujours alerte, les séquelles de la déportation se font de plus en plus sentir et l’obligent à abandonner son activité professionnelle. Désormais le couple Pescadère vit surtout à Bormes et passe l’été à Curel où la chaleur est moins forte.

 

Georges- Henri consacrera le reste de sa vie à peindre et mettra ses talents au service de sa commune d’adoption au sein de l’association « Sauvegarde du Vieux Bormes ». Il participera alors à la restauration de la chapelle Notre Dame de Constance, de l’église Saint Trophyme, puis à celle de la maison Taïeb qui après refonte complète devient le Musée Municipal Arts et Histoire.

 

Sous la pression d’amis, la seule exposition de son vivant est organisée à Hyères, du 20 novembre au 9 décembre 1985. Elle remporte un beau succès, mais Georges-Henri exècre les mondanités ; il refuse toute nouvelle présentation au public. Il peint désormais tous les après-midi. Ses motifs favoris sont la femme, en portrait ou en nu, les paysages de Bormes ou de Curel, et les natures mortes. Il travaille directement sur toile ou sur panneau, sans dessin préparatoire et, par modestie, signe et date toujours au verso. L’homme a du tempérament et un grand cœur, sa peinture le reflète.

 

Usé physiquement, Georges-Henri Pescadère meurt le 7 novembre 2003.

 

D’après Michel Guillemain

Ion Pacea

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- 1924 : Naissance Ion Pacea le 6 août dans les monts du Pinde, en Grêce de parents commerçants macédoniens.

- 1926 : La famille Pacea quitte la Grèce pour la Roumanie dans la « Dobroudja » du sud,  et s’installe dans une petite ferme.

- 1936 : Il quitte le village d’Ezibei et s’installe dans la proche ville de Bazargic où il fait construire une maison près de celle de leur belle sœur Maria, institutrice. C’est à cette dernière que les enfants Pacea doivent leur réussite scolaire. C’est à l’âge de 10-12 ans que Ion Pacea a son premier contact avec la peinture au côté du peintre Darascu qui deviendra plus tard son professeur de dessin aux Beaux Arts.

- 1940 : La famille Pacea s’installe à Bucarest.

- 1941 : Ion Pacea entre au lycée commercial Nicolae Kretzulescu. Il fréquente les bouquinistes du quartier et se lie d’amitié avec un de ses collègues doué en dessin qui l’initie à la peinture et lui fait découvrir le musée Toma Stelian.

- 1945 : Il s’oriente vers les Beaux-arts avec l’aide du professeur Guguinau.

- 1946 : Parallèlement à l Académie des Beaux-arts, il suit les cours de l’Académie libre de Guguinau. Il a pour professeurs Darascu puis Steriade.

- 1947 : Après l’expulsion des Beaux-arts par les communistes des professeurs Ressu, Darascu, Stériade et d’autres, Ion Pacea, avec certains de ses amis, abandonne les cours et termine sa dernière année à l’Académie libre de Guguinau. Il va peindre des paysages en compagnie de ses collègues de faculté et de Ciucurencu dans les environs de Bucarest. Il y fait la connaissance de Lucrezia Hagi, sa future épouse, étudiante comme lui à l’Académie de Guguinau.

Il expose pour la première fois au Salon Officiel où on avait accepté deux de ses tableaux.

- 1949 : Il se marie avec Lucrezia Hagi et le couple s’installe avenue Calea Floreasca sous le même toit que la famille de son épouse.

- 1950 : Il loue une guinguette pour la transformer en atelier qu’il partage avec Catargi et Musceleanu.

- 1951 : Naissance de son premier enfant Liliana Marina.

- 1957 : Naissance de son deuxième enfant Constantin Teodor (Dinu). Du 5 au 25 juin, il  expose avec Catargi et Musceleanu à Bucarest.

- 1963 : L’état Italien lui accorde une bourse d’un an. Il séjourne en Ombrie et en Toscane. Il visite Rome et le Vatican, Florence, Sienne, Naples et Pompéi ou il a le premier contact visuel avec l’art occidental. La même année, l’Académie Roumaine lui décerne le prix Ion Andreescu.

- 1964 : Il participe à la Biennale de Venise aux côtés de Bitzan, Gheorghiu et du sculpteur Caragea. Il y expose six tableaux.

- 1965 : Il reçoit le Prix de peinture par l’Union des Artistes Plasticiens. Il se déplace en France et visite Le Louvre, le Musée d’Art Moderne, le Musée Rodin et bien d’autres.

- 1966 : Il participe à la Biennale AIPA de Tokyo puis à une exposition à Aix La Chapelle.

- 1967 : Exposition collective à la galerie Oates Memphis- Tennessee.

- 1968 : Il participe à plusieurs expositions à Prague, Cologne, Tel Aviv, Moscou et la Havane.

- 1969 : Il participe à la Biennale de Sao Paulo.

- 1970 : Expositions collectives à Turin, Varsovie et à Linköping (Suède).

- 1971 : Il participe au festival international d’Edimbourg, puis à Dusseldorf, Sofia, Moscou et Belgrade.

- 1972 : Deuxième exposition dans la salle Dalles de Bucarest avec ses œuvres en noir et blanc de la même série que celles d’Edimbourg.

- 1973 : Il participe à plusieurs expositions à Montevideo, Bonn, Sofia, Buenos Aires, Sao Paulo, Chicago, Washington et St Paul de Vence.

- 1974 : Exposition collective à la galerie Woodmere à Philadelphie. Il envoie des tableaux à Québec, à Athènes, au Caire, à Damas et à Hambourg.

- 1975 : Il présente sa troisième exposition dans la salle Dalles de Bucarest.

- 1976 : Expositions à Rome, Mannheim, Stockolm, et Linköping.

- 1977 : Il participe à plusieurs expositions à Paris, Lisbonne, Madrid et Berlin.

- 1978 : Au musée d’Art de Roumanie, il organise une grande exposition personnelle intitulée « la Mer ».

- 1980 : Il participe à des expositions collectives à New York, Washington et Rome.

- 1982 : Exposition à Londres et Malmö, puis Athènes.

- 1987 : Il présente sa plus grande exposition personnelle au Musée d’Art de Roumanie.

- 1988 : Expositions collectives à Aix-La-Chapelle et à Athènes

- 1989 : Chute du régime soviétique communiste en Roumanie

- 1990 : Il expose à la galerie Riol de Madrid.

- 1991 : Il expose 34 tableaux à la galerie Dominus à Bucarest. Le 12 octobre, il expose à la galerie Anne Lavenier à Paris.

- 1993 : Il est élu membre d’honneur de l’Académie Roumaine.

- 1994 : Entre 1994 et sa mort, alors que la Roumanie vit des transformations profondes, Ion Pacea se retire petit à petit de la vie sociale, se limitant aux allers et retours entre son atelier et sa maison. Cette réclusion choisie lui permet une concentration et une introversion maximales, lui offrant une plus grande liberté d’expression.

- 1999 : Le 13 août, Ion Pacea décède à l’hôpital Elias de Bucarest.

 

           

Raoul Sabourdin

Othon Friesz, André Derain, Albert  Marquet, Henri  Manguin, Francis Gruber et quelques autres....Ces petits ou grands maîtres, je les avais oubliés... Selon l’époque, le sujet, le lieu, les œuvres de Raoul Sabourdin s’apparentent à un des maîtres cités. Heureusement pour nous, Sabourdin a su s’affranchir de leur tutelle; on le sent dans la composition de ses œuvres, dans son écriture si particulière, qui les rend uniques et singulières, bien qu’on  reconnaisse de façon subtile la patte de l’un ou l’autre de ces grands frères célèbres. Une densité dans les nus de femmes, dans les années 20 et 30, lourdes et charnelles, le regard vaporeux tourné  vers le peintre qui les regarde avec son âme.

 

Les paysages nets et architecturés dessinés sous un angle légèrement en hauteur avec des maisons posées dans le paysage comme des repères ou des cubes blancs. Les natures mortes et les bouquets de fleurs, les vues de Paris, toujours les nus féminins    au détour des années 40, avec l’apparition des premiers personnages (l’oiseleur, les ramasseurs de coquillages, le pêcheur, l’estropié, le malade..). A la fin de la deuxième guerre, comme de nombreux autres artistes, Raoul  Sabourdin        est tombé dans la dépression  à l’instar d’illustres aînés  tels Francis Gruber et Bernard Buffet.

Les thèmes misérabilistes prolifèrent avec des natures mortes indigentes, des bouquets de fleurs fanées et, pour Raoul Sabourdin, des estropiés, un moribond sur son lit, un pêcheur qui vend sa maigre pêche composée de quatre petits poissons, une femme clochard qui pousse une voiture d’enfant avec un masque en guise de bébé.

Univers pauvre, étrange, décalé, mais d’une rare poésie, la poésie de l’indigence, du maigrelet où il faut bien, malgré tout, continuer de vivre dans cette époque de pénurie qui reste tout de même vivante et colorée. Et puis, comme souvent, après la pluie le beau temps, le retour  des années heureuses avec la série des pêcheurs, souvent représentée avec deux ou plusieurs personnages. 

Hommes, femmes, enfants occupent une grande part de l’espace,  mis en valeur par une scénographie quasi théâtrale, avec de nombreux accessoires tels que filets, nasses, poissons, amphores…Ils font partie de la vie silencieuse de ces travailleurs dont certains sont croqués avec leur « tronche » de pêcheur mais révèlent une grande humanité  mêlée à une pointe d’humour.

 

Les femmes, quant à elles, sont représentées dans leur individualité; on devine qu’elles sont très ressemblantes à leur image,  elles sont belles et prêtes à soutenir leur homme au travail. Parfois, une figure féminine vêtue de noir, inquiétante, nous rappelle (à la manière des vanités du 17ème siècle), que nous sommes nous aussi des pêcheurs devant Dieu et que nous sommes mortels.

 

Ne vous fiez pas aux apparences, l’œuvre de Raoul Sabourdin n’est pas aussi anodine qu’il n’y parait à première vue !

En se penchant sur chaque tableau, vous pourrez constater la richesse de la composition, le contraste des couleurs dominées par les bleus, les rouges, les jaunes et le noir , vous sourirez devant les faciès des personnages ( surtout masculins),  vous sentirez la profonde humanité qui donne à ses compositions une impression de sérénité avec comme épices , le sel de la vie et le poivre de la souffrance quotidienne.